CYCLE des PENSÉES

Pensées pour DÉCEMBRE:

Carmen Sylva, Elisabeth- Reine de Roumanie (29 dec. 1843 – 2 mars 1916). Épouse du roi Charles Ier de Roumanie. Musicienne, peintre et poète, elle a réuni les récits et légendes de son pays, publié des poésies, et laissé des Mémoires sous le pseudonyme de Carmen Sylva.
Les pensées d’une reine, un volume d’aphorismes en prose publié en 1882 à Paris, qui sera récompensé par le prix Botta, décerné tous les trois ans par l’Académie française, et sera publié en allemand en 1890 à Bonn sous le titre Vom Amboss :

« La bêtise se met au premier rang pour être vue; l’intelligence se met en arrière pour voir. »
« Les ennemis ne sont utiles que tant qu’il s’agit de monter. Au sommet, il n’en faut plus. »

 

Pensées pour JANVIER:

Le 15 janvier a été choisi comme Journée Nationale de la Culture en Roumanie. C’est précisément la date de naissance du plus grand poète roumain, Mihai Eminescu (1850-1889).

À son propos le critique littéraire Titu Maiorescu* écrivait : « Autant que l’esprit humain peut prévoir, la littérature poétique roumaine commencera au XX siècle sous les auspices de son génie, et la forme de la langue roumaine qui a trouvé dans le poète Eminescu la plus belle incarnation jusqu’à aujourd’hui, sera le point de départ de tout développement futur de la pensée roumaine. »

*(avocat, essayiste, esthéticien, critique littéraire, homme d’état roumain, ministre de l’intérieur et membre fondateur de l’Académie roumaine et de la société littéraire Junimea).

POÉSIES d’EMINESCU traduites en français: https://www.romanianvoice.com/poezii/poeti_tr/eminescu_fra.php

« Quand on veut affirmer quelque chose, on appelle toujours Dieu à témoin, parce qu’il ne contredit pas.
« Pourquoi décrire le laid, quand le beau n’est pas encore épuisé? »
« Vous ne pouvez être spirituel que lorsque ceux qui vous entourent le sont aussi. Le coq a beau chanter aux canards, ils ne l’entendent pas. »

Nicolae Labiș (né. 2 déc 1935, décédé 22 déc 1956, Bucarest) poète roumain. Le critique Eugen Simion l’a surnommé „buzduganul unei generații- la massue de sa génération” . https://www.historia.ro/sectiune/portret/articol/nicolae-labis-poezie-si-zbucium
Eugen Simion – critique et historien littéraire, éditeur, essayiste, professeur universitaire roumain, membre de l’Académie roumaine et président de cette institution de 1998 à 2006.
https://lyricstranslate.com/fr/moartea-caprioarei-la-mort-de-la-biche.html

 

Pensées pour FÉVRIER:

Poète, romancier, traducteur, homme de théâtre et ministre de la culture, l’écrivain roumain Marin Sorescu (né 19 février 1936 – mort le 8 décembre 1996), a été traduit dans une vingtaine de langues, devenant une figure marquante de la littérature roumaine contemporaine.
Auteur de 23 volumes de poésie. Notables : Poèmes (1965), La jeunesse de Don Quichotte (1968), La toux (1970), Fontaines dans la mer (1982), Eau de vie, eau de mort (1987), Poèmes choisis par la censure (1991) et La traversée (1994).
Notons parmi ses romans : La vision de la tanière [roman au petit bonheur la chance],
Théâtre : La soif de la montagne de sel, 1991.
Il obtient six fois Le prix d’Union des écrivains de Roumanie, le prix de l’Académie roumaine en 1968, et en 1977, Le prix de l’Académie roumaine pour théâtre, 1970, le prix Herder (1991).
Il est rentré à l’Académie Roumaine en 1992.

 

Marin Sorescu – Shakespeare

« Shakespeare créa le monde en sept jours.
Le premier jour il fit le ciel, les montagnes et les gouffres de l’âme.
Le deuxième jour il fit les rivières,
les mers et les océans, et les autres sentiments –
et Il les donna à Hamlet et à Jules César, à Antoine, à Cléopâtre et à Ophélie,
à Othello et à d’ autres, pour qu’ils s’en fassent maîtres, eux, et leurs successeurs,
jusqu’à la fin des temps.
Le troisième jours il rassembla tous les hommes
et leur apprit les envies:
envie de bonheur, d’amour, de désespoir,
de jalousie, pour la gloire, etc,
jusqu’à ce que toutes les envies fussent épuisées.
À ce moment arrivèrent quelques individus qui étaient en retard.
Le créateur les a caressés sur la leur tête avec compassion,
et leur a dit qu’il ne leur restait qu’à devenir critiques littéraires
et lui contester l’œuvre.
Le quatrième et cinquième jour, il les a réservés au rire.
Il a lâché les clowns pour qu’ils fassent des galipettes,
et il a laissé les rois, les empereurs et d’autres malheureux s’amuser .
Le sixième jour il a résolu quelques problèmes administratifs :
il a concocté une tempête,
et a appris au roi Lear comment porter une couronne de foin.
Il restait quelques déchets de la genèse,
et avec il a créé Richard III.
Le septième jour il a regardé s’il y avait encore quelque chose à faire.
Les directeurs de théâtre avaient déjà rempli la terre avec leurs affiches,
et Shakespeare s’est dit qu’après tant de labeur,
il mériterait de voir lui aussi un spectacle.
Mais d’abord, comme il était très fatigué, il est parti mourir un peu. »

 

***

Marin Sorescu – Jeu d’échecs

 

Moi je déplace un jour blanc
Lui, il déplace un jour noir
Moi j’avance d’un rêve,
Lui, il me le prend à la guerre,
Lui, il attaque mes poumons,
Moi, je pense une année dans l’hôpital,
Je fais une combinaison brillante
Et je lui gagne un jour noir.
Il déplace un malheur
Et me menace du cancer
(qui va pour le moment en forme de croix),
Mais je mets devant lui un livre
Et l’oblige à se retirer.
Je lui gagne quelques pièces de plus,
Mais, voila, une moitie de ma vie
Est mise en marge.
– Je te fais échecs et tu perdras l’optimisme,
Qu’il me dit.
Derrière moi, ma femme, mes enfants,
Le soleil, la lune et les autres comparses
Tremblent pour chaque pièce que j’avance.
Moi, j’allume une cigarette
Et continue la partie.

 

Marin Sorescu – Casă sub observație

 

Vin manuscrisele-mi să le ridice,
C-o macara cât muntele de mare.
Pe pagini, hergheliei îi dau bice,
Mai slobodă s-apuce-n cer să zboare.

Zvârlind prin telescoape cu alice,
Rănesc a versului desfăşurare.
Prin pâlnii-ntortochiate şi complice,
Orice cuvânt ochit îi – şi dispare.

Ştiu, inimă, că poţi oricând să taci,
Că, după storuri, ai planton şi gardă
Şi degetul asudă pe trăgaci.

Tu, ultima în vers să te prefaci,
Măcar în visul tău să nu se piardă
Această casă ce-a-nceput să ardă.